Le soja, trésor de vie 
Résumé de la conférence
donnée à
Agropolis Museum
le 29 Mars 2001
diversité, origine et évaluation

par Pierre Roumet
INRA Station de Génétique

et d’Amélioration des plantes, Montpellier




 S o m m a i r e

A. Introduction

L’oléoprotéagineux le plus produit dans le monde


B. Botanique, Origine et expansion du soja 

C. Début du 20ème siècle : le soja à la conquête du marche intérieur américain

Conquête du marché intérieur Américain

Conquête des marchés internationaux


D. Diversité et Programmes d’Amélioration 
 

A.  Introduction

Le soja est un constituant majeur dans l’alimentation humaine et animale de ce début de 21ème siècle. Son image a plusieurs facettes qui traduisent les différents types d’utilisation de sa graine  : Cuisine asiatique, produit diététique voir même alicaments, mais aussi bien sûr élevage intensif. Ces différentes formes de consommation sont liées à la composition de la graine : 40 % protéines, 20 % huile. Cette richesse en huile et en protéines ont fait du soja l’oléo-protéagineux le plus produit au monde avec une production totale de l’ordre de 110/120 Millions de tonnes.

L’oléoprotéagineux le plus produit dans le monde

L’oléoprotéagineux le plus produit dans le monde - Huiles
Huiles
L’oléoprotéagineux le plus produit dans le monde - Protéines
Protéines


 .

B.  Botanique, Origine et expansion du soja

Le sojaD’un point de vue botanique le soja, Glycine max L. Merrill, est une Légumineuse. Cette espèce, produit des plantes érigées de 0.3 à 2.00 m de haut. Les Fleurs sont petites (< 2 mm) et de couleur blanche à violettes. A maturité cette plante produit des gousses de 1 à 5 graines. 

Il est originaire du Nord Est Chine (Mandchourie) et serait issu de la domestication d’une espèce volubile (-1700 / -1100 Bc.), connue aujourd’hui sous le nom de Glycine usuriensis ou de Glycine soja. Après la domestication, son extension est rapide dans toute l’Asie ; le soja atteint le Sud est asiatique ainsi que le Népal et l’Inde en 1400/ 1500 de notre ère. En relation avec le fait que ses graines sont rapidement introduites par les nouvelles populations dans leur alimentation, cette extension géographique s’accompagne d’une diversification des préparations alimentaire (miso, soy-sauces, tempeh, tofu…). 

Lors de leurs premiers voyages en Asie aux 16ème et 17ème siècles, les européens découvrent les vertus de cette plante et surtout la diversité des préparations culinaires à partir des graines de soja. L’introduction de graines de soja et les premières études agronomiques de cette plante ne démarrent qu’un peu plus tard (18ème siècle). Le soja est alors introduit en Angleterre (Kew garden), au jardin des plantes à Paris et bientôt dans toute l’Europe. 
L’acclimatation aux Etats Unis se fait dans le même temps, souvent via l’Angleterre. Mais sa véritable extension ne démarre qu’à partir de 1850 avec son arrivée en Illinois. Rapidement les performances agronomiques de cette plante intéressent les cultivateurs qui dès 1853 mettent en place une distribution élargie des graines via les collèges agricoles. Les propriétés du soja les plus remarquées du soja sont celles qui sont liées à ses performances lorsqu’il est utilisé comme... une plante Fourragère. Pâturé ou bien utilisé en tant que foin, voire d’ensilage, le soja est à cette époque, introduit dans les rations alimentaires des principaux animaux d’élevage (porcs, volailles, bovins). A la fin du 19ème, les premiers travaux de recherches permettent de mieux connaître cette plante et sa physiologie (Fixation symbiotique de l’azote, sensibilité à la photopériode, notamment ). Des prospections à grande échelle sont alors organisées en Asie et, en particulier en Chine, pour identifier les accessions les mieux adaptées aux différents climats des Etats Unis.
 


 

C.  Début du 20ème siècle : le soja à la conquête du marche intérieur américain 

A partir de 1910, compte tenu de la teneur en huile de sa graine, le soja apparaît comme une alternative intéressante au coton. Une politique de prix garantis par l’industrie en contre partie de prix à la production raisonnables permet une rapide augmentation des surfaces ; en 1930, on compte 770 000 ha de soja et la production est dorénavant supérieure aux besoins, même si 80% des surfaces sont encore consacrées à la production de fourrages ou d’engrais vert. 

La période entre ‘2 guerres’ correspond à un contexte favorable pour le développement de la culture. Le soja s’affirme comme une alternative au coton et aux céréales secondaires dont l’importance baisse avec la mécanisation de la récolte et la diminution du nombre d’animaux de trait. La valeur de cette culture, comme précédent de choix pour le maïs, est clairement établie. Par ailleurs, les travaux de recherches agronomiques permettent de mettre à la disposition des agriculteurs des nouvelles variétés, de nouvelles souches de rhizobium ainsi des connaissances permettant une optimisation de la valorisation des sous produits. 

Dans un contexte de mécanisation croissante de l’agriculture, les efforts concertés de la filière pour une intensification de l’élevage ainsi que l’évaluation rationnelle des besoins des animaux d’élevage (énergie + protéines = Mais / Soja) permet au soja d’avoir une progression économique sur 2 fronts : 
· Oléagineux : Développement des huiles végétales (Politique prix bas)
· Protéagineux : Remplacement des protéines animales 

Conquête du marché intérieur Américain

Taux d'accroissement du marché de l'huile aux Etats-Unis entre 1947 et 1964
      Total Huile      Total Soja        Margarine
1947-1964 11%          73% 88%

Taux d'accroissement du marché des protéines aux Etats-Unis entre 1947 et 1964
 
Tourteaux de soja
% des produits
riches en protéines
1947-1964
240%
186%

Cette conquête du marché intérieur américain est très vite suivie d’une conquête des marchés internationaux. Cette conquête des marchés internationaux est d’autant plus facile que le soja n’a pas connu le même succès en Europe. En effet, celle ci a préféré, au début de ce siècle, utiliser les plantes d’origine tropicale et ne possède pas d’oléagineux métropolitains susceptibles de les remplacer après la décolonisation. 

Conquête des marchés internationaux

Plan Marshall

Consommation des graines de soja et d'huile de soja en Europe entre 1948 et 1950
 
1948
1949
1950
Graines (1000 T)
600
300
700
Huiles (1000 T)
140
130
220

Aujourd’hui la production du soja dans le monde est très concentrée et 4 pays (USA, Brésil, Argentine, Chine) assurent à eux seuls près de 80% des exportations. Ces exportations permettent de répondre à une demande elle aussi extrêmement concentrée. L’Europe représentant environ 45% de cette demande.

Pays importateurs
Pays importateurs

D. Diversité et Programmes d’Amélioration

L’amélioration génétique du soja a permis d’adapter cette espèce à une large gamme de conditions climatiques : le soja est cultivable sous une gamme de latitudes très large (0 à 60°). Toutefois cette amélioration a été réalisée qu’à partir d’une base génétique très étroite : on estime classiquement qu’aux Etats Unis 80 % du fond génétique provient d’une petite dizaine d’accessions, ce qui est très peu au regard des dizaines de milliers d’accessions conservées dans les collections internationales. 

Ces efforts de sélection ont permis de réaliser un progrès génétique indiscutable : En matière de rendement, qui a été l’objectif prioritaire des programmes de sélection depuis 1920 jusqu’à nos jours, les estimations de ce progrès génétique varient entre 12 et 22 kg de grain / an et par Ha selon les études et les régions. 

Depuis le début des années 90, les objectifs des programmes de sélection ont tendance à se diversifier. Ils permettent de prendre en compte d’autres objectifs tels que la qualité de la graines (Teneurs en protéines, en huile, en Facteurs anti-nutritionnels, composition en acides gras, adaptation au milieu -sécheresse, sols acides, tolérance à l’aluminium-).
Cette diversification s’accompagne d’une concentration des recherches aux Etats Unis. Cette main mise en matière de recherche est visible tant du point de vue appliqué (40% de soja OGM aux USA) que d’un point plus fondamental (investissements très importants pour la connaissance du génome de cette espèce). 
 


Retour haut de page | Retour Savoirs partagés | Retour Agropolis-Museum