S o m m a i r e
I.-
Algérie, Maroc,
Tunisie : trois images, trois stratégies différentes
II.-
Les instruments d'une politique laitière
III.-
Conclusion : Les recettes d'une bonne politique laitière
| I.-
Algérie, Maroc, Tunisie : trois images, trois stratégies
différentes |
Un survol rapide de la Méditerranée permet de repérer
trois ensembles géographiques bien différents sur
le plan de la consommation de lait et de produits laitiers :
1) l'arc Nord Ouest qui va de l'Espagne
à la Turquie est gros consommateur, environ 150 à
300 litres "d'équivalent-lait " par habitant et
par an. Il est vrai qu'on y fait commerce de lait et de fromage
depuis l'antiquité (le marché laitier de Rome, le
velabrium, recélait d'innombrables variétés
de produits laitiers locales et importées ! ). Pour ce qui
est de l'histoire récente, la consommation s'est encore renforcée
en se diversifiant.
2) Les pays du Proche Orient (Liban,
Syrie, Jordanie, Egypte
) sont des consommateurs plus modestes
mais dont la consommation approche ou dépasse 100 litres/hab/an
car il existe une tradition laitière soutenue par la production
de lait de chèvre et de brebis.
3) Enfin les pays du Maghreb dont
le cheptel à l'origine était fort peu laitier (les
vaches de races locales sont plutôt des races à viande,
les brebis et les chèvres sont peu traites), avaient peu
de traditions laitières et un marché simplement de
proximité. Partant de très bas au début de
l'Indépendance, les niveaux de consommation ont sensiblement
augmenté pour atteindre respectivement 115, 83 et 64 litres/hab/an
(1998) en Algérie, Tunisie et Maroc.
Ainsi replacée dans un cadre géographique plus large,
l'histoire du développement des filières lait en Algérie,
Tunisie et Maroc est particulièrement instructif et fait
du Maghreb un véritable laboratoire des politiques laitières.
Rappelons qu'à l'amorce des Indépendances, donc au
début des années " soixante ", l'industrie
laitière proprement dite n'existe pratiquement pas au Maghreb
(quelques usines privées de faible capacité dans les
plus grandes villes, les Centrales d'Alger et Casablanca, la CLO
à Oran, etc
). D'une façon générale
les colons, qui avaient peu investi dans le secteur de l'élevage,
n'avaient pas trop réussi dans le secteur laitier malgré
des tentatives d'importation de races pures (Normande, Jerseyaise,
Tarentaise
). En milieu rural traditionnel, l'autoconsommation
est la règle et on déclare volontiers que " le
lait s'offre mais ne se vend pas " ! Aussi les responsables
politiques nationaux, confrontés à la forte poussée
démographique (la population va doubler en 25 ans) et à
l'impérieuse nécessité de nourrir les villes,
vont rapidement élaborer des plans laitiers qui vont être
effectifs au début des années 70.
Trois stratégies différentes se développent,
aboutissant à des résultats contrastés (exprimés
en litres d'équivalent-lait) :
- En Algérie : la consommation
bondit de 950 millions de litres en 1970 à 3700 millions
de litres en 1985 pour redescendre à 3380 millions actuellement
(Bencharif, 2000). C'est à dire que la consommation par habitant/an
passe de 90 à 170 puis revient à 115 litres. L'algérien
est donc devenu en peu de temps un fort consommateur malgré
la régression conjoncturelle des dernières années.
- Au Maroc : la consommation
totale va dans le même laps de temps simplement doubler (de
990 millions à 1860 millions), de sorte que la consommation
par habitant/an stagne autour de 65 litres par le simple fait de
la pression démographique.
- En Tunisie : la performance
est intermédiaire car la consommation totale triple (de 275
millions en 1970 à près de 800 millions actuellement).
La consommation par habitant/an augmente certes, mais pas spectaculairement
(de 55 litres à 83 litres).
Ces chiffres cachent en vérité des politiques très
différentes. La stratégie la plus logique vise
à nourrir les villes en collectant le lait dans les fermes
pour le transformer dans les usines
et de complèter
les déficits par les importations. Donc deux indicateurs
sont à considérer, les importations et le lait dit
" usiné ". En principe la production nationale
devrait être canalisée dans la mesure du possible vers
le circuit industriel contrôlé (le lait usiné),
mais le circuit présente de nombreuses " fuites "
car une partie de ce lait ne quitte pas les exploitations agricoles
(autoconsommation par le veau et par la famille), une autre partie
étant commercialisée par le biais du colportage et
des ventes en direct. L'indicateur " lait usiné "
, qui évoque la capacité du pays à nourrir
les villes, est donc important à considérer (tableau
1).
Tableau 1.
Production et importation du lait et dérivés en 2000
(en millions de litres d'équivalent lait)
| |
Algérie
|
Maroc
|
Tunisie
|
Production
nationale...
dont lait usiné |
1140
110
|
900
485
|
670
390
|
| Importations |
2 240
|
960
|
75
|
| Consommation
totale |
3 380
|
1 860
|
745
|
| Taux
de couverture |
34%
|
48%
|
90%
|
| Prix
du lait à la consommation (en FF) |
2,20
|
3,50
|
3,20
|
Trois images très différentes se dessinent ainsi
:
- En Algérie : la politique
suivie a délibérément privilégié
la consommation par l'importation de poudre de lait et de beurre
en grandes quantités (2240 millions de litres). Les usines
construites à travers le pays (dénommées maintenant
"entreprises GIPLAIT") se contentent alors de mettre sur
le marché du lait reconstitué par la combinaison de
poudre et d'eau, et ce à un prix assez faible (2,20 FF) ce
que permet le prix de la poudre de lait importée qui reste
assez bas sur le marché mondial, malgré une forte
remontée. Dès lors, les industriels font très
peu d'efforts pour favoriser la production locale et la collecte
de lait cru. Ils n'en collectent que 110 millions de litres qu'ils
destinent aux productions sensibles (yaourterie
), laissant
s'échapper vers les circuits courts le lait de colportage
pour des consommateurs qui acceptent de payer le lait cru - de qualité
non certifiée - à un prix plus élevé.
Les élevages laitiers spécialisés ont donc
beaucoup de mal à s'implanter sur le territoire algérien
ailleurs que dans les ceintures périurbaines. Mais en marge
du colportage, une nouvelle corporation d'artisans laitiers s'installe
et s'organise par le biais delaiteries urbaines (minilaiteries)
qui se montrent très actives et s'équipent progressivement
pour collecter le lait cru. En fait, les circuits informels
se
formalisent.
Laiterie-épicerie,
quartier populaire, Kénitra, Maroc
|
- Au Maroc :
les options furent différentes. La taxation aux frontières
de la poudre de lait dès 1972, la mise en place d'un dispositif
d'aide à la production locale et de collecte du lait, a permis
aux usines laitières de s'approvisionner sur place en lait
cru (485 millions de litres usinés) auprès de petits
producteurs intéressés par un prix de vente à
la production attractif. Par contre, le prix à la consommation
est resté relativement élevé, freinant les
niveaux de consommation qui sont très bas. Les importations
restent fortes mais ne concernent que des produits dérivés
(beurre, fromages). La production nationale n'assure ainsi que la
moitié des besoins totaux (taux de couverture, 48 %). Comme
en Algérie, des minilaiteries se multiplient en ville
et commencent à concurrencer sérieusement les circuits
industriels dans certaines régions.
- En Tunisie : la politique
a d'abord emprunté la voie algérienne de la recomposition
du lait par importation de poudre. Mais progressivement des mesures
furent adoptées pour favoriser l'émergence de la production
nationale qui, à partir de 1990, a véritablement décollé,
assurant en 2001 la totalité des besoins de consommation
grâce à la multiplication de petits élevage
laitiers intégrés dans une filière dynamique.
Succès évident donc d'une politique, confrontée
à présent aux problèmes des excédents
laitiers et des contrôles de qualité. Toutefois le
niveau de consommation reste assez modeste (83 l) du fait de prix
à la consommation assez élevés. Le système
tunisien souligne ainsi qu'on peut produire beaucoup, mais il reste
à trouver les moyens de produire moins cher pour faire consommer
plus.
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|
II.- Les instruments
d'une politique laitière
|
Par différentes incitations, les politiques
laitières se sont donc attachées à intervenir
sur cinq secteurs clefs :
1) l'amélioration du cheptel
Vache
pie noir importée, Maroc
|
Elle s'est traduite par une politique très
active d'importations de génisses, de race Pie Noire et PN
Holstein pour la plupart, qui a été dopée par
des cours mondiaux assez bas (impact des quotas laitiers européens).
Ce cheptel, quelles qu'aient été les craintes du début,
c'est plutôt bien adapté aux conditions locales (notamment
en irrigué), mais les niveaux de production restent médiocres,
autour de 3 500 kg de lait par lactation. Chaque pays dispose
maintenant d'un cheptel bovin fortement métissé où
l'on distingue les animaux de race améliorée (importés
ou nés sur place de parents importés
mais il
y en a moins que prévu car beaucoup de ces produits partent
vers les abattoirs), les animaux croisés (qui sont par contre
très nombreux et s'approchent de 40 % du troupeau total)
et les animaux de race locale confinés dans les zones sèches
et difficiles et de moins en moins nombreux (tableau 2).
Tableau 2.
Effectif 1999 et race des troupeaux bovins au Maghreb : l'effet
des importations
| |
Algérie
|
Maroc
|
Tunisie
|
| Effectif
total de vaches |
675
000
|
1
150 000
|
425
000
|
| Effectif
de vaches de races améliorées (dites "pures") |
130
000
|
200
000
|
149
000
|
| Effectif
de vaches importées depuis 1975 |
120
000
|
175
000
|
90
000
|
| Taux
de race améliorée "pures"(croisés
non comptés) |
19%
|
17%
|
35%
|
2) la conduite du troupeau et notamment
l'alimentation par le développement des fourrages
Tout plan laitier s'accompagne de mesures destinées à
développer la sole fourragère, le fourrage étant
reconnu comme un vecteur essentiel du développement de la
production laitière. Les efforts consentis dans ce domaine
n'ont connu qu'un succès partiel. Actuellement les fourrages
cultivés n'occupent qu'une place modeste dans les assolements.
Beaucoup de ces fourrages sont produits en irrigué où
la concurrence est forte entre les spéculations (arboriculture,
maraîchage
). De plus, un certain nombre d'obstacles
freinent le développement fourrager :
- la faible diversification du fait de la prééminence
de quelques espèces (bersim, luzerne, vesce-avoine, orge
en vert)
- la médiocrité des performances animales qui peinent
à valoriser de l'énergie coûteuse de ces fourrages
en irrigué
- la concurrence exercée par les concentrés importés
(orge, tourteaux
) qui tirent vers le bas les produits locaux
(sous produits agro-industriels, céréales
),
offrant ainsi aux éleveurs des alternatives plus intéressantes
que les fourrages.
Malgré le fait que de nombreux éleveurs aient pris
conscience de la nécessité de faire du fourrage en
irrigué, les chargements sont couramment de plus de 10 vaches
par hectare de fourrage, là où il en faudrait moitié
moins. On continue à faire du lait " à coups
de concentré " en faisant confiance au marché
et
à l'Etat qui importe orge, maïs, tourteau de soja et
bouchons de luzerne.
3) la collecte du lait
Pour permettre une collecte efficace du lait jusqu'auprès
des plus petits producteurs, il fallait installer un réseau
dense de centres de collecte. L'organisation des éleveurs
concernés en coopératives, greffées sur ces
centres de collecte, fut ainsi le fer de lance de la politique laitière,
tant au Maroc qu'en Tunisie. En quinze ans, le Maroc a su mettre
en place plus de 500 de ces centres coopératifs qui ont pu
drainer des quantités importantes de lait vers les usines
: 485 millions de litres en 1999, soit 54 % de la production
nationale. En Tunisie, le nombre de Centres de Collecte va passer
de 86 en 1990 à 248 en 1998, la production ainsi collectée
passant de 20 % à 50 % de la production laitière
totale. Les Coopératives/Centres de collecte ont donc joué
un rôle capital dans le développement de la production
laitière nationale en permettant l'intégration des
petits producteurs qui contribuent majoritairement à l'approvisionnement
des villes au sein de cette filière.
- Au Maroc : rançon
du succès, les coopératives sont très vite
devenues le siège d'enjeux politiques et sociaux. Pas un
notable qui ne veuille " son " centre de collecte, relayé
par les conseils communaux. L'ingérence des élus et
des représentants de l'Etat et les subtilités des
dosages ethniques des conseils d'administration ont alors trop souvent
paralysé le fonctionnement de cette institution dont la gestion
n'est pas toujours satisfaisante : absence de procès verbaux,
assemblées générales épisodiques et
très faible participation des coopérateurs.

Centre de collecte, Maroc
|
N'étant pas éligibles aux crédits bancaires,
les coopératives ne disposent par ailleurs que de peu de capitaux
pour développer d'autres activités au profit de leurs
adhérents et peu d'entr'elles réussissent à s'affranchir
de l'administration. Un autre dysfonctionnement concerne la régularité
des apports et le degré de fidélité des éleveurs
vis à vis de ces coopératives (Srairi, 1998). Les usines
laitières insuffisamment équipées en matériel
de stockage et de transformation (poudre de lait notamment) gèrent
difficilement les excédents laitiers du printemps et ont pour
habitude de refouler sans préavis les apports en provenance
des centres de collecte qui bloquent à leur tour les livraisons
des producteurs...contraints de passer par les colporteurs. Depuis
une dizaine d'années, on voit ainsi monter en puissance des
circuits parallèles dits " informels " dans certaines
régions, mais en vérité fort bien équipés
(camionnettes, bacs réfrigérateurs, boutiques pour la
vente en direct de produits transformés...) et organisés
pour la collecte directement auprès des producteurs. Incapables
de faire face à cette concurrence, certains Centres de Collecte
ont fermé. De grandes villes comme Casablanca ou Kénitra
sont approvisionnées entre 25 et 30 % par des colporteurs organisés,
efficaces et, pour une partie d'entre eux, respectueux de l'hygiène.
- En Tunisie : le plan laitier
a été mis en place plus tardivement mais a connu une
belle réussite liée à la conjonction de nombreux
facteurs. On peut citer parmi ceux-ci :
1) un changement des comportements des producteurs
soucieux de diversification et développant un intérêt
nouveau pour l'élevage laitier intensif susceptible de mieux
valoriser l'espace irrigué
Grosse
étable laitière (30 vaches laitières),
Sud Tunisie
|
2) une plus forte demande en produits laitiers de
meilleure qualité dans les milieux urbains
3) la montée en puissance des coopérativesqui
ont offert un cadre favorable aux centres de collecte pour dynamiser
la filière lait encore balbutiante au début des années
80
4) la présence forte des services techniques
rattachés aux gouvernorats.
Sur le plan des productions collectées, les résultats
de cette politique laitière vont être spectaculaires
et dépasser les prévisions puisqu'en 2000 on peut considérer
que la Tunisie a atteint son autosuffisance en lait. Précisons
bien que le terme d'autosuffisance signifie simplement que la demande
est satisfaite eu égard au pouvoir d'achat actuel, mais que
cette offre ne saurait suffire si les revenus venaient à augmenter
ou
si le prix du lait à la consommation baissait, entraînant
une augmentation de la demande.
- En Algérie : l'industrie
laitière est restée longtemps propriété
de l'Etat et n'a pas fait d'efforts particuliers pour favoriser
la collecte locale. Ces entreprises, maintenant regroupées
sous le nom de GIPLAIT, travaillent comme auparavant essentiellement
sur le lait reconstitué à partir de poudre (930 millions
de litres) et peu sur du lait collecté (110 millions de litres).
Les circuits informels, avec l'apparition comme au Maroc de colporteurs
organisés autour de minilaiteries privées, sont très
actifs mais mal recensés.
4) le développement du tissu
industriel
La conséquence directe (mais aussi la cause) de ce développement
laitier là où il s'est produit fut bien sûr
l'émergence d'une industrie laitière active. Les unités
de transformation du lait sont de type coopératif ou de statut
privé. L'Etat a certes moins de prise sur le développement
de ces dernières mais disposent de plusieurs moyens pour
favoriser les implantations.

Laiterie-pâtisserie, quartier résidentiel, Kénitra,
Maroc
|
- Au Maroc : le secteur privé
domine largement, mais le groupe Centrale laitière (dans
laquelle Danone possède 20 % des parts) monopolise 35 % des
capacités de transformation, assure 60 % des ventes de lait
frais usiné et 80 % des ventes de yaourts usinés.
Cette entreprise mène une politique très offensive
pour conserver sa prééminence, créant des situations
de concurrence déséquilibrée au détriment
de certains producteurs et consommateurs.
- En Tunisie : le monopole
de la STIL (qui fut longtemps un frein au développement de
la filière) appartient maintenant au passé. A partir
des années " 90 ", qui marquent comme on l'a vu
le début du " boom " laitier, le tissu industriel
s'est considérablement enrichi (Khamassi, El Efrit et Hassainya,
2001). On dénombre ainsi 40 entreprises de transformation
dont 13 centrales laitières (dont 5 crées depuis 1999).
De nouveaux bassins laitiers se créent, pas toujours là
où on les attendrait, comme au Sahel (Mahdia, Sfax) ou plus
au Sud encore. Le marché devenant de plus en plus concurrentiel,
les stratégies commerciales s'orientent vers plus de diversification
car la demande s'essouffle. Quant aux excédents saisonniers
du printemps et du début d'été, ils posent
de sérieux problèmes susceptibles à court terme
de modifier la politique d'aide actuelle.
- En Algérie : l'ONALAIT
avait hérité à sa création en 1969 de
trois usines, puis avait été restructuré en
1982 en trois offices régionaux. De nouvelles unités
se sont ajoutées progressivement (7 dans les années
" 80 ", 5 depuis lors). Enfin récemment, toutes
ont fusionné pour donner naissance au groupe GIPLAIT, entreprise
publique forte d'une vingtaine d'usines qui traitent essentiellement
à hauteur de 90 % du lait reconstitué à partir
de poudre de lait et de MGLA importés (Bencharif, 2000).
Toutefois, en relation avec la libéralisation de l'économie
et la disparition des monopoles de ces entreprises publiques, des
officines privées d'importation/distribution et des minilaiteries
très correctement équipées commencent à
investir le secteur.
5) une politique des prix accompagnée,
le cas échéant, par un contrôle des importations
C'est sans aucun doute l'élément essentiel d'une politique
laitière, mais les décisions dans ce domaine ont parfois
manqué de cohérence.
- En Algérie : très
tôt l'Etat a fixé des prix à la production à
un niveau raisonnable et un prix à la consommation particulièrement
bas. La consommation a donc très rapidement augmenté,
provoquant une forte demande que seules des importations massives
de poudre de lait pouvaient satisfaire (Bencharif, 2000). Le prix
du lait actuel à la consommation (environ 2,10 FF) n'est
donc supportable que grâce aux prix relativement bas de la
poudre de lait (le lait reconstitué dont le prix de revient
est inférieur à 2,00 FF/litre est mis sur le marché
entre 2,20 et 2,50 FF grâce aux subventions accordées).
- Au Maroc : par contre, l'importation
de poudre de lait a été fortement taxée dès
1972 pour permettre l'éclosion de la production nationale
; la subvention directe à la production laitière,
accordée aux éleveurs jusqu'en 1982, a pu disparaître
en raison de l'augmentation régulière du prix à
la consommation. Actuellement le lait pasteurisé est vendu
environ 3,5 FF/l ce qui est cher et explique le faible niveau de
consommation.
- En Tunisie : le dispositif
s'est mis en place plus lentement, mais le résultat final
est spectaculaire (Bourbouze et Elloumi, 1999). Chronologiquement,
on constate que deux dispositions vont jouer un rôle déterminant
:
- 1) la mise en place avant 1980 des premiers centres de collecte
destinés à répondre aux problèmes de
ramassage liés à la petite taille des troupeaux laitiers
et à leur dispersion géographique.
- 2) à partir de 1983, l'attribution aux centres de collecte
agréés d'une subvention de 40 millimes par litre de
lait collecté, et donc refroidi et correctement conservé
(soit 20 % du prix payé aux producteurs). Ce fut une décision
capitale qui s'avérera très coûteuse pour le
budget de l'Etat. Mais l'avenir de la filière va se jouer
autour de cette aide bien ciblée qui donnera les moyens aux
centres de collecte de s'installer durablement et de concurrencer
le colportage.
Dans l'immédiat, cette politique n'a pas eu l'effet escompté
et il faudra attendre les mesures décidées en 1989
qui vont déverrouiller le système :
- 1) l'Etat instaure une surtaxe sur la poudre de lait importée
de façon à assurer une protection de 15 % à
la production locale. Cette mesure, appliquée contre leur
gré aux industriels puissamment implantés à
l'époque (et qui se contentaient de reconstituer le lait
à partir de la poudre), est l'élément clef
du dispositif.
- 2) le relèvement du prix à la production est appliqué
plus vigoureusement. En effet le prix du lait n'est pas libre et
est fixé par l'état qui détermine un prix maximum
de vente au consommateur. Entre 1990 et 2000 le prix du litre de
lait va ainsi doubler. A la consommation, le lait reste cependant
un produit coûteux (3,20 FF/L).
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III.- Conclusion
: les recettes d'une bonne politique laitière
|
De recettes, bien sûr, il n'y en a pas, chaque pays ayant
ses caractères propres et son histoire. On peut cependant
souligner quelques points clef. Une politique, c'est un faisceau
de dispositions qui ne se mettent pas toujours en place au moment
le plus opportun. Il faut donc du temps pour qu'elles s'articulent
correctement entre elles et exercent leurs effets. Dans l'exemple
tunisien, il a fallu près de 20 ans après que les
bonnes décisions aient été prises, pour accéder
à une certaine auto suffisance.
Trois décisions apparaissent comme incontournables :
1) la taxation de la poudre de lait
à l'importation
2) l'aide à la collecte vers
des centres contrôlés (publics ou privés) pour
concurrencer le colportage
3) la montée en puissance d'un
cheptel performant par l'importation de génisses et l'organisation
de la " filière " génétique.
Il faut aussi que des partenariats se mettent en place entre pays
du Nord et du Sud de la Méditerranée. Les exemples
sont maintenant nombreux de nouvelles entreprises adoptant des stratégies
de partenariat avec des firmes étrangères pour bénéficier
de la compétence et de la notoriété d'entreprises
à dimension internationale. Par ailleurs la coopération
conventionnelle bilatérale (dans le cas tunisien, Belgique,
Luxembourg, France
) ou de type décentralisée
(entre deux régions) peut être efficace si elle se
coule dans le moule d'une politique cohérente. C'est de ces
rencontres que naîtra la future zone de libre échange
euro-méditerranéenne (ZLEM).
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