Chapitre
extrait du livret de l'Exposition " Nourrir neuf milliards d'hommes
", octobre 2005.
ADPF - Association pour la diffusion de la pensée française,
Ministère des Affaires étrangères (resp. scientifique
Gérard Ghersi)
Lorsque
l'accès physique et économique des populations à
une nourriture adéquate est insuffisant ou menacé, on
est confronté à l'insécurité alimentaire.
Les causes, nombreuses, relèvent globalement soit de la capacité
des populations à produire pour se nourrir (accès aux
ressources productives, qu'il s'agisse des terres pour l'agriculture
ou l'élevage, de l'eau pour l'irrigation, des ressources halieutiques
pour la pêche, des forêts, etc.), soit de la capacité
des populations (rurales et urbaines) à accéder à
l'alimentation grâce à leur revenu.
Tous les conflits, de quelque nature qu'ils soient, représentent
une menace sur la sécurité alimentaire : or si l'on sait
bien que la guerre produit la famine, il est important de souligner
que la pauvreté et la faim génèrent aussi ces conflits
:
- conflits
locaux entre groupes socio-économiques pour le contrôle
des ressources ;
-
conflits intercommunautaires religieux ou ethniques ;
-
guerres civiles ;
-
conflits frontaliers entre États
En
cas de conflit, la capacité de production, l'accessibilité
et la disponibilité des aliments diminuent, parfois disparaissent.
Les paysans, les enfants sont recrutés pour la lutte armée,
ou déplacés et chassés de leurs terres, lorsqu'ils
ne sont pas tués dans le conflit. La déstructuration des
systèmes de production peut entraîner la faim et la famine
Et aggraver l'engrenage de la violence. Les réfugiés qui
fuient les zones de conflit deviennent dépendants d'une aide
alimentaire aléatoire, qui, si elle est mal maîtrisée,
peut avoir des effets pervers sur les capacités locales à
redémarrer une activité de production alimentaire viable.
Les conflits menacent donc la sécurité alimentaire.
L'insécurité alimentaire peut également être
utilisée délibérément dans les conflits
: l' " arme alimentaire " pour exercer des pressions et faire
céder un État ou un groupe humain, bien qu'interdite par
les conventions internationales, est une pratique courante dans l'histoire
récente. Les adversaires tentent d'affamer leurs opposants pour
les soumettre, en détruisant les cultures (exemple : Palestine),
en affamant un peuple entier (ainsi l'Irak). Les puits et les cours
d'eau sont empoisonnés, les champs sont minés, et la production
agricole devient difficile, dangereuse, même longtemps après
que le conflit est terminé (ainsi en Asie de l'Est, les cas du
Vietnam et du Cambodge).
Paix et sécurité alimentaire ne peuvent être assurées
de manière durable que si les populations sont actrices de leur
propre développement, sont associées dans la maîtrise
et la gestion durable des ressources locales, tenant compte de l'équité
dans la répartition des biens et des besoins prioritaires, dans
le respect des différences culturelles et communautaires.
Des
situations d'insécurité alimentaire aiguë
La première des causes de l'insécurité alimentaire
est la pauvreté résultant largement de politiques économiques,
commerciales et agricoles inadaptées. C'est un problème
d'accès au revenu plus que de production insuffisante
La
perte croissante de souveraineté des États sur les politiques
agricoles et de pêche est un facteur aggravant, car la pression
en faveur d'une libéralisation croissante des échanges
et d'une réduction des régulations et soutiens publics
prive les pays pauvres de leurs principaux moyens de lutte contre la
pauvreté, contre les inégalités et l'insécurité
alimentaire.
Cependant, les situations d'insécurité alimentaire les
plus aiguës, voire de famine, ont pour source principale les conflits,
qu'il s'agisse de phénomènes intenses mais de courte durée
ou de dynamiques de moindre intensité mais chroniques. Outre
les morts liés directement aux conflits, ceux-ci s'accompagnent
de la destruction des récoltes et des stocks semenciers, des
moyens de production (embarcations et engins de pêche), des infrastructures,
de déplacements de population, d'une érosion considérable
du pouvoir d'achat, etc., dont les impacts profonds se prolongent des
années durant, même une fois le conflit terminé.
Plus grave encore, la faim est parfois utilisée comme une arme
qui, dans la conduite des hostilités, vise de façon spécifique
les populations civiles, en violation fl agrante du droit international
humanitaire. Du Soudan à l'Afghanistan, de la Somalie au Caucase,
de la Sierra Leone à la Corée du Nord, les exemples abondent.
Les conflits sont une cause de plus en plus fréquente de situations
de crises alimentaires
Fig.
1 Causes des crises alimentaires : tendances
Source : FAO, La Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture,
SOFA 2000
|
Depuis
20 ans, les conflits ont coûté directement plus d'un million
de vies humaines par an (figure 1). La plupart des victimes sont des
civils, le plus souvent en milieu rural. Que ce soit en Afrique, en
Amérique latine ou en Asie, les femmes et les enfants sont les
premières victimes de la guerre, et représentent 80 %
des réfugiés et des personnes déplacées
à l'intérieur de leur propre pays, et plus de 90 % des
morts
Mais le nombre de décès causés par les problèmes
alimentaires et les famines engendrés par ces conflits, pendant
les guerres et dans leurs effets à long terme, dépasse
dans certains cas les morts causées par les violences des guerres.
Fin 2001, du fait des conflits accumulés depuis des années,
on comptait 22 millions de personnes déplacées, dans 150
pays, y compris les réfugiés et demandeurs d'asile. Depuis
15 ans, le nombre d'urgences alimentaires a progressé (entre
20 et 30 zones chaque année), avec une augmentation depuis les
années 1990. Cette augmentation est principalement due aux conflits,
plus qu'aux problèmes de catastrophes climatiques. Les conflits
ne représentaient que 10 % des cas en 1984, mais plus de 50 %
des cas d'urgences alimentaires en 1994.
En 2000, on a répertorié 24 millions de gens, dans 28
pays en développement, ayant besoin d'une aide alimentaire d'urgence
en raison des conflits armés dans le monde, soit 3 % du total
des victimes de la faim dans le monde. Mais il s'agit de situations
aiguës entraînant des morts rapides, et les conséquences
des conflits vont bien au-delà de ces 24 millions d'affamés
" comptabilisés ". Elles sont durables tant sur la
capacité de production agricole que sur l'environnement et l'aptitude
des sociétés à faire face à leurs besoins
alimentaires.
Depuis le milieu des années 1990, le coût de l'aide humanitaire
d'urgence s'est élevé à 10 milliards de dollars
US par an.
Les
conflits génèrent l'insécurité alimentaire,
et l'insécurité alimentaire génère des conflits
Les conflits perturbent la production alimentaire locale à cause
des destructions physiques (morts)et des dommages portés aux
récoltes, au bétail et aux réserves alimentaires.
Ils empêchent ou découragent l'activité agricole.
Ils interrompent les circuits de transport qui permettent les échanges
alimentaires, y compris l'aide alimentaire d'urgence. Ils détruisent
le capital des exploitations agricoles, mobilisent les travailleurs
et empêchent les activités génératrices de
revenus pour l'achat de nourriture.
Les dépenses militaires réduisent les investissements
dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de la
protection de l'environnement, ainsi que dans le développement
agricole (où les dépenses sont rares même en temps
de paix !). La baisse des dépenses militaires observée
après la guerre froide ne s'est pas poursuivie longtemps : après
une chute de 37 %, de 3 % en 1998, les dépenses militaires
mondiales sont remontées de 2 % en 1999, pour atteindre quelque
800 milliards de dollars US. Si cette progression a été
constatée dans toutes les régions, les augmentations les
plus importantes ont eu lieu en Afrique (37 % entre 1998 et 2000) et
en Asie du Sud (+ 23 %) ; par ailleurs, en terme de volume, la Russie
et les États-Unis arrivent en tête. Les pays en développement
reçoivent 70 % des armes nouvellement produites
Fig.
2. Pertes de production agricole découlant des conflits
dans des pays en développement entre 1970 et 1997.
Source : FAO, La Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture,
SOFA 2000
|
Même
après la fin d'un conflit, la reprise de la production alimentaire
demeure difficile : les biens sont détruits, les gens tués
ou handicapés, déplacés, l'environnement endommagé,
les services de santé, d'éducation ou sociaux perturbés.
Certaines armes restent dangereuses bien après la fin des conflits
(les mines antipersonnel éparpillées sur les routes et
dans les champs tuent chaque année plus de 25000 personnes, même
en situation de " paix ", et empêchent la reconstruction).
Les petits paysans - qui représentent la vaste majorité
des pauvres en milieu rural - sont en général les plus
gravement touchés. Leurs quelques biens et outils sont perdus
(détruits ou vendus), et ils rejoignent la masse des affamés.
Dans les pays les plus pauvres, sans " filet de sécurité
sociale ", les conséquences sur la sécurité
alimentaire peuvent être catastrophiques.
Autre exemple : les conflits sur les zones maritimes et leurs conséquences
sur les pêcheurs. De nombreux conflits sur les zones de pêche
(liés ou non à d'autres conflits interétatiques)
provoquent des confiscations de bateaux, de prises de poisson, dont
les premières victimes sont les petits pêcheurs artisanaux.
(par exemple : entre l'Inde et ses voisins). Des centaines de familles
sont dès lors privées de revenu car les pêcheurs
sont incarcérés pendant des années comme prisonniers
de guerre.
Ainsi, en Afrique subsaharienne, la production alimentaire par habitant
aurait chuté de 12,4 % en moyenne par an entre 1970 et 1990 dans
les pays victimes de conflits. Dans les années 1990, la paix
aurait permis une augmentation de 3,9 à 5,3 % de la production
alimentaire en Afrique, par habitant.
La
pauvreté et l'insécurité alimentaire sont une cause
majeure de nouveaux types de conflits
La nature des guerres a beaucoup évolué au cours du xxe
siècle : la première moitié de cette période
a été dominée par des conflits entre riches États,
les conflits actuels se déroulent entre les nations les plus
pauvres du monde (la majorité en Afrique et en Asie). Par ailleurs,
selon la FAO, sur 16 conflits majeurs depuis 10 ans, 3 seulement étaient
de nature inter-étatique. La plupart sont aujourd'hui internes,
ils se déroulent à l'intérieur des États
(même si dans 14 d'entre eux des troupes étrangères
sont intervenues). Les guerres civiles sont la plus grande cause d'échec
du développement
Les inégalités socio-économiques, les discriminations
ethniques systématiques, les violations des droits humains, les
disputes sur la participation politique, ou les frustrations de communautés
entières concernant une distribution inégale des ressources
(terre, eau, accès aux financements, à l'éducation,
etc.) sont des facteurs critiques qui provoquent l'explosion de conflits
Des populations privées de toute reconnaissance et d'accès
aux ressources peuvent s'engager dans des actions violentes, contre
d'autres groupes ethniques ou religieux, ou contre les autorités,
perçues comme complices de leur misère.
Fig.
3. Les causes des conflits
Source : Heidelberg Institute of International Conflict Research,
1999, Kosimo database
|
La
pauvreté incite à une surexploitation des quelques ressources
disponibles, provoquant dégradations de l'environnement, tensions
politiques, et finalement migrations, contribuant ainsi à l'instabilité
et au conflit (Figure 3). Les ressources minérales sont utilisées
pour financer les parties en guerre, au lieu de financer le développement.
À l'inverse, les pays pauvres qui investissent dans leur agriculture
et permettent une amélioration de la situation des plus démunis
réduisent les risques de conflits violents.
L'aide
alimentaire d'urgence : nécessaire, mais attention aux effets
pervers
Les
programmes d'aide alimentaire d'urgence sont évidemment indispensables
pour porter secours aux populations soudainement privées, pour
cause de catastrophe naturelle ou de conflit, des denrées nécessaires
à leur survie. Mais la pratique a révélé
plusieurs aspects négatifs de ce type d'aide :
- ·
compétition avec les productions locales entravant le redémarrage
de l'agriculture ;
- dépendance
envers l'aide gratuite, etc. ;
- décalages
dans le temps entre besoins et distribution de l'aide ;
- pérennisation
des camps
;
- distribution
de grains OGM sans information, voire sous la pression.
Si
l'aide alimentaire reste nécessaire en situation d'urgence, il
convient non seulement d'en garantir la qualité et l'adéquation
(voir les OGM), mais aussi de la limiter dans le temps et en volume.
En outre, il faut l'accompagner de mesures qui permettront son retrait,
en privilégiant d'une part la reconstruction des capacités
productives des régions affectées en concertation avec
les acteurs locaux, de façon à renforcer leurs pratiques
socio-économiques durables, et d'autre part les mécanismes
d'achats triangulaires et les achats locaux.
La
construction de la paix et de la sécurité alimentaire
: une action citoyenne, participative
En plus de tenter de résoudre les conflits lorsqu'ils sont là
(après beaucoup de pertes et de dégâts), il faut
tenter de les désamorcer en s'attaquant à leurs causes.
Le développement durable et le droit à la souveraineté
alimentaire sont alors cruciaux. Mais ce développement ne peut
être mis en place que dans des situations de paix relative.
Les ingrédients pour préserver ou ramener la paix, et
pour assurer la sécurité alimentaire, sont les mêmes
: une gouvernance réellement démocratique et une société
civile dynamique (composée d'organisations structurées,
actives dans le devenir général du pays).
Respecter
et faire admettre le droit à la souveraineté alimentaire
Chaque pays doit avoir le droit de choisir librement le mode d'approvisionnement
en produits alimentaires qu'il souhaite, en conformité avec l'intérêt
collectif national ou régional. Ce principe assigne aux États
la maîtrise des choix essentiels qui concernent les modes de production,
de transformation et de commercialisation des produits alimentaires.
Cela signifie que chaque État doit pouvoir également réguler
l'accès aux ressources physiques, naturelles, institutionnelles,
en fonction du mode de développement qu'il souhaite privilégier.
Ainsi les négociations commerciales internationales doivent respecter
ce droit à la souveraineté alimentaire des États,
qu'il s'agissent des négociations sur l'agriculture ou des accords
de pêche. Les États sont doublement responsables : de la
sécurité alimentaire de leur population, mais aussi des
effets externes de leurs politiques sur la sécurité alimentaire
des autres populations. La souveraineté alimentaire doit être
abordée en incluant cette double responsabilité.
Respecter
et faire respecter le droit international humanitaire
Quels que soient les intérêts économiques, énergétiques
ou géostratégiques, les États ne doivent plus tolérer
que la faim soit utilisée comme une arme. En vertu du droit international,
les États devraient refuser tout support aux régimes et
mouvements armés qui contrôlent et utilisent l'arme de
la faim contre les populations civiles. " Il est interdit d'utiliser
contre les civils la famine comme méthode de guerre " (art.
54 du protocole additionnel I aux Conventions de Genève). Ainsi,
les responsables de ces violations flagrantes du droit international
humanitaire devraient être sanctionnés, y compris devant
une cour pénale Internationale qui devrait devenir rapidement
une réalité.
Un
mur en Palestine
L'agriculture est la colonne vertébrale de la société
palestinienne : elle représente 35 % de son produit intérieur
brut et lui procure des ressources alimentaires vitales. Parmi les productions
importantes, on trouve fruits et légumes, fleurs coupées
et différents élevages. Mais l'huile d'olive reste l'exportation
agricole principale : la Palestine en produit 35800 tonnes par an, ce
qui représente 13 % de l'ensemble de ses productions agricoles.
Pourtant, cette agriculture doit surmonter de terribles difficultés.
D'abord parce qu'elle dépend fortement du marché israélien
et ne peut donc pas se développer de façon autonome. Ensuite,
parce que depuis que les territoires palestiniens ont été
réoccupés, l'armée israélienne a confisqué
de nombreuses terres. Un tiers du sol de la Cisjordanie est devenu "
zone militaire ", tandis que certaines terres, déclarées
" terres d'État ", ne peuvent être travaillées
par des paysans palestiniens. Tout comme il est interdit à ces
mêmes paysans de cultiver des produits qui pourraient concurrencer
les exportations israéliennes. Résultat : les Palestiniens
ne peuvent développer leur secteur agricole sur des terres pourtant
fertiles, et l'importance économique de leur agriculture a diminué.
En juin 2002, le gouvernement israélien a approuvé la
construction d'une " clôture de sécurité ",
pour séparer la Cisjordanie du territoire israélien et
protéger Israël des attentats commis depuis les territoires
palestiniens. Les Israéliens parlent de " clôture
", les Palestiniens de " mur ". Retenons qu'au-delà
des querelles de mots, ce sont près de 200 kilomètres
de " mur-clôture " qui serpentent aujourd'hui autour
des territoires palestiniens, confisquant terres et ressources en eau.
Une séparation qui asphyxie l'économie de ces territoires
et contribue à accroître la méconnaissance entre
les deux peuples.
Les conséquences sur l'agriculture sont dramatiques. La région
la plus fertile des territoires palestiniens, qui concentre 40 % des
terres agricoles de Cisjordanie, a été éventrée.
Plus de 100000 oliviers ont été arrachés et des
milliers d'hectares de terres arasés. Dans certains villages,
les agriculteurs sont coupés de leurs terres. Ils doivent parcourir
jusqu'à 10 kilomètres pour emprunter une porte sous contrôle
militaire israélien, qu'ils ne peuvent franchir qu'avec une autorisation
délivrée par l'armée. Autant de difficultés
qui pourraient contraindre ces paysans palestiniens à laisser
leurs propriétés en friche. Avec des conséquences
tout aussi durables que dramatiques.
"Développement
et paix " au Magdalena Medio
La région du Magdalena Medio est l'une des plus conflictuelles
de Colombie et son taux d'homicide est le plus élevé du
pays. Résultat : 400000 personnes sur 720000 y vivent dans la
pauvreté alors que cette région est la plus riche en ressources
naturelles.
Pour contrer cette violence et cette misère, le programme "
développement et paix " du Magdalena Medio propose un ensemble
d'actions concertées entre les communautés paysannes.
L'objectif ? Favoriser le développement humain de la région
et construire un espace de culture civique et démocratique. Pour
cela, les communautés rurales s'organisent. Elles prennent elles-mêmes
les mesures qui leur permettront de se développer, proposent
des actions qu'elles inscrivent dans la durée et se concertent
pour mener, ensemble, ces initiatives à long terme.
Parmi les actions lancées par ce programme, on trouve la culture
du palmier. En développer des plantations, c'est miser sur le
long terme, car 4 ou 5 ans sont nécessaires avant de recueillir
les premiers fruits de palme et obtenir un début de revenu. Un
projet parallèle de pisciculture a donc été mis
en place en attendant la première récolte. Un tel programme
de plantations suppose aussi que l'on se regroupe pour travailler, en
respectant les traditions paysannes. Une démarche qui contribue
à pacifier la région et entretient, du coup, un fragile
esp oir.
"Par le passé, nous avons toujours été désunis,
le programme nous a montré que nous pouvions nous unir pour aller
de l'avant. " (Benjamin Monroy, maçon colombien.)
"La paix se construit avec des projets exigeant le travail de chacun
: que tous aient quelque chose à construire et ainsi nous y parviendrons.
" (Ramiro Ortega Muñeton, président d'une association
partie prenante au programme.)
Uwaki,
fragile soutien pour les femmes des Grands Lacs
Uwaki, l'union des femmes paysannes du Nord-Kivu, dans l'Afrique des
Grands Lacs, est l'une des associations que soutient le CCFD dans le
cadre d'un programme cofinancé par la coopération française.
Cette association travaille avec une quarantaine de groupements, soit
un millier de femmes, qu'elle appuie dans leur combat quotidien pour
nourrir leurs familles et vaincre la pauvreté.
Comment ? En formant ces femmes à des techniques nouvelles comme
le travail avec des bêtes attelées ou différents
moyens de fertiliser les sols et de prévenir l'érosion.
Uwaki les accompagne aussi dans leurs initiatives agricoles et les aide
à vendre leurs produits. Elle a introduit, par exemple, les cultures
maraîchères dans une zone où le régime alimentaire
se limitait jusque-là au manioc et à la banane. Une innovation
dont l'impact a été significatif puisque aujourd'hui,
dans cette zone, plusieurs milliers de personnes ont pu diversifier
leur alimentation. D'où une chute du taux de malnutrition de
60 % à 22 %.
À Butembo, Uwaki apprend aux femmes à entretenir les jardins
familiaux. Une responsable d'Uwaki en raconte la finalité : "
En octobre 1998, les jardins n'étaient pas très répandus
à Butembo. Après une attaque des rebelles Mayi-Mayi, les
militaires rwandais, qui occupaient encore le secteur, avaient exercé
des représailles terribles, semant la terreur dans la population.
Pendant quatre jours, personne n'a osé sortir de sa maison. Plus
moyen de se nourrir. Certains en sont morts. Avec les jardins, si des
événements de ce genre surviennent à nouveau, au
moins, les gens pourront manger. "
Uwaki aménage également des pépinières pour
cultiver des essences agro-forestières et limiter ainsi les problèmes
de déboisement, dus à la consommation de bois de chauffage
(en particulier aux alentours des camps de réfugiés et
de déplacés).
Uwaki permet ainsi d'améliorer progressivement les conditions
de vie, par de fragiles victoires quotidiennes, qu'un épisode
dramatique du conflit qui ensanglante la région peut malheureusement
balayer en quelques jours. Mais grâce aux savoir-faire acquis
et à la solidarité des groupements, ces femmes surmontent
mieux ces coups du sort.