| L'offrande
des épis par le roi : Statues
royales aux épis
En outre, un certain nombre de statues figurent le roi en Nil, présentant des offrandes aquatiques (plantes du Nil, poissons et oiseaux d'eau), comme sur les célèbres statues d'Amenemhat III de Tanis, et alimentaires. Sur un groupe de quatre statues du Nouvel Empire, le roi se présente sous son apparence habituelle, vêtu du pagne et coiffé du némès . Debout, il offre une table d'offrandes, à laquelle sont accrochées fleurs de lotus, oies réunies en bouquet et gerbe de blé flanquée de cailles. Une végétation aquatique luxuriante jaillit de la base. Celle-ci est remplacée, sur la statue d'Amenhotep III (Caire CG 550), par des épis poussant dru, s'élevant jusqu'à la table d'offrandes sur laquelle sont déposées trois gerbes. Le roi est
bien celui "qui a produit le grain, l'aimé de Népri",
selon les assertions de l'Enseignement d'Amenemhat Ier . Ces statues
devaient être associées à des rites spécifiques.On
sait que lors de certaines fêtes, à côté
des pains, on présentait à la divinité des bouquets
d'orge et des poignées de blé (respectivement 11000
et 31000 lors de la fête de la "Vingtaine de consécrations
d'offrande de la cérémonie d'offrande" et lors
de la Fête d'Opet, selon le papyrus Harris I).
L'offrande
des épis dans le temple d'Edfou Les deux scènes, complémentaires, évoquent l'ensemble du cycle de la moisson : on coupe le blé et on transporte les gerbes à l'Ouest, on le bat, on le dépique et on engrange la récolte à l'Est. Sous l'égide d'Horus d'Edfou, "pour qui se lève le disque solaire, pour qui s'écoule la crue, pour la Majesté de qui verdoient les jeunes pousses", le grain fructifie. En remerciement de cette offrande qui lui est faite par le roi, il lui donne à son tour la "campagne ployant sous ses enfants (= les épis) plantureux". Il "enrichit ses jardins de millions de grains pour faire les portions de tous ceux "qu'il" aime (= ses sujets)". Le roi apparaît donc à nouveau ici comme le "dispensateur de nourriture". C'est la symbolique même de l'offrande cultuelle : au don du roi répond le don divin.
Les deux scènes de la porte sud-est de la cour nous replacent dans un contexte de fête. Elles ont toujours pour titre "Offrir l'orge et le blé", mais s'intègrent cette fois aux cérémonies de la fête de la nouvelle lune du mois d'épiphi, avant dernier mois de l'année, soit juste après la récolte. Aussi bien les textes insistent, là encore, sur cette phase ultime, évoquant les grains "dépiqués sur [l'aire] en quantité plus importante que les grains de sable (…) puis vannés", la moisson étant utilisée pour les "rations journalières" de la divinité. Cette offrande est plus particulièrement destinée à Hathor de Dendara rendant visite à cette occasion à Horus d'Edfou, et à l'enfant divin. L'offrande faite à l'occasion de cette fête constitue donc, en même temps qu'une action de grâce à la fin des récoltes, la confirmation du rôle du pharaon. Celui-ci a été capable de mener heureusement une année à son terme, grâce à Renenoutet , tenant encore une fois éloigné le spectre de la disette. Nadine GUILHOU Bibliographie
Guilhou (N.), "Présentation et offrandes des épis dans l'Égypte ancienne (I)", dans S. Aufrère (éd.), Encyclopédie religieuse de l'univers végétal ( ERUV ) I, Orientalia Monspeliensia X, Montpellier, 1999, p. 335-364, en particulier p. 352-357. Guilhou (N.), "Présentation et offrandes des épis dans l'Égypte ancienne (2)", dans S. Aufrère (éd.), Encyclopédie religieuse de l'univers végétal ( ERUV ) II, Orientalia Monspeliensia XI Montpellier, 2001, p. 91-137, en particulier p. 110-120. Labrique (Fr.), Stylistique et théologie à Edfou. Le rituel de l'offrande de la campagne : étude de la composition , OLA 51, Louvain, 1993. Meeks (D.), Le grand texte des Donations du Temple d'Edfou , BiblEt 59, Le Caire, 1972. |