| La moisson de la gerbe par le roi La moisson de la gerbe par le roi intervient dans différents contextes : les fêtes de Min ou de divinités associées, dans le cadre de la transmission du pouvoir royal ; le domaine funéraire, avec le cycle des semailles et des moissons dans le Champ des Offrandes (= Les champs fertiles de l'au-delà) .
Les
fêtes de Min Elle comporte plusieurs temps forts, culminant avec l'offrande de la gerbe. Le roi sort de son palais, et le cortège se met en place. Le roi, sur sa litière, entouré des notables et des enfants royaux, se rend à la chapelle du dieu où a lieu une cérémonie d'offrande propitiatoire. La statue divine se joint alors au cortège, avant d'être installée sur un reposoir, tandis qu'un taureau blanc, personnifiant la divinité, coiffé des deux plumes enserrant le disque solaire, un ruban rouge autour du cou précède le roi. En tête du cortège s'avancent des prêtres portant les statues des ancêtres royaux. Le roi procède alors successivement au tir de flèches dans les quatre directions cardinales, destinées à détruire ses ennemis, puis au lâcher de quatre oiseaux, chargés d'apporter dans ces quatre directions la nouvelle de son intronisation. Puis il coupe, avec une faucille de cuivre incrustée d'or, une touffe du blé qu'un prêtre lui a apporté. Cette gerbe est déposée devant la divinité, tandis qu'un épi est remis au roi. La cérémonie se termine par un encensement et une libation.
La
moisson de la gerbe à Edfou
Dans la première scène, la gerbe moissonnée par le pharaon représente les ennemis rassemblés comme en une botte, tels qu'on les voit sur le pylône du temple : "J'ai fauché pour toi les céréales de Haute Égypte, que j'ai coupées sur ta route, à la nouvelle lune du premier mois de chemou , de sorte que tu foules le sol et que tu piétines tes ennemis", déclare le roi à la divinité. En échange, celui-ci lui rétorque : " J'ai placé pour toi les Neuf-Arcs (= les ennemis) sous tes sandales ". Cette cérémonie est complétée, à Dendara, par le piétinement de l'orge :
Le roi, successeur
du dieu, présenté comme le bon cultivateur, procure au pays
l'abondance. En conséquence, ce triomphe sur les ennemis permettra
le retour de la crue, au terme de la saison des récoltes. Transposée
dans le monde divin, cette scène évoque la renaissance d'Osiris
(le retour de la lune), grâce aux rites accomplis par le dieu fils
(représenté ici par Harsomtous).
Au-delà de la mort, enfin, le pharaon se présente lui-même comme principe nourricier, prenant sa place dans le grand cycle agraire. Ainsi le voit-on, sur la vignette du chapitre 110 du Livre des morts, enfouir les semences, puis moissonner, enfin récolter les céréales qu'il présente à Hâpy, personnification de la crue. Dans le temple funéraire de Medinet Habou, cette scène est associée, dans les salles osiriennes (salle 26 pour le chapitre 110, salle 27 pour le chapitre 148), au chapitre 148 du Livre des morts, où les sept vaches grasses et le taureau qui les féconde illustrent la prospérité de l'Égypte dans les quatre directions cardinales, déterminées par la présence de quatre gouvernails. Cet ensemble rappelle l'utilisation des allégories du grain qui est faite dans la tombe de Ramsès III. S'y ajoute ici, avec le plafond astronomique de la salle voisine (25) l'idée que le renouveau s'inscrit dans le temps, rythmé par la succession des fêtes et des saisons, mais aussi par le ballet incessant des astres et des constellations. Nadine
GUILHOU Bibliographie
Alliot (M.), Le culte d'Horus à Edfou au temps des Ptolémées , BiblEt XX/1, en particulier Deuxième partie, p. 197-302. Gauthier (H.), Les fêtes du Dieu Min , RAPH II, Le Caire, 1931, en particulier chapitre IX. Guilhou (N.), "Présentation et offrandes des épis dans l'Égypte ancienne (2)", dans S. Aufrère (éd.), Encyclopédie religieuse de l'univers végétal ( ERUV ) II, Orientalia Monspeliensia XI Montpellier, 2001, p. 91-137, en particulier p. 106-109. |