La
préparation du pain
dans un village de Haute-Égypte
(Marî-Girgis,
province de Sohag)
Extrait de Mârî Girgis de Nessim Henry HENEIN Publication de l'IFAO |
Le
pain est l'élément essentiel du repas du paysan.
Il existe en trois variétés : - le bettâw (1), qui est fait avec de la farine de sorgho ou de maïs d'été (gêdî); - le rogfân ou pain samsî (c'est à dire levé au soleil), fait avec de la farine de blé ; - le bannûn, pain fait avec de la farine de blé, du beurre et du lait. |
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Préparation
du bettâw Elle chauffe de l'eau et y fait fondre une petite quantité de sel, puis elle la met dans le pétrin. Elle ajoute graduellement la farine jusqu'à ce qu'elle s'épaississe et forme une pâte qu'elle commence à pétrir. Elle ajoute le levain (fait avec la même farine que le pain, mais trois heures environ avant de commencer la préparation de la pâte à pain). Elle mélange bien le levain et la pâte et ensuite égalise la surface de la pâte dans le pétrin. Les femmes du village
dessinent habituellement deux croix étoilées sur la surface
de la pâte pour la bénir (2). Finalement, on laisse
lever la pâte pendant une heure et demie environ.
Ensuite la première
femme met la pâte dans la louche, la
seconde la range à l'intérieur du four et chaque
fois la louche est trempée dans l'eau afin que la pâte
n'y adhère pas. Le pain reste à l'intérieur du four pendant 35 minutes environ. Durant ce temps la femme n'introduit pas de bûs dans l'orifice de chauffage, car le bettâw cuit par l'action de la chaleur du four obtenue durant le premier allumage (hamwa) et du fait de la lente combustion des diverses fientes, d'âne et de vache, qui brûlent doucement durant ce temps. La température à l'intérieur du four atteint 300° environ. Puis elle utilise
le baskûr ou le hottâf, pour retirer les
galettes, dont le diamètre atteint 10 cm.
Préparation
du pain samsi ou rogfân Elle laisse
fermenter la pâte au soleil et quand la pâte lève,
elle la retourne avec la main et la laisse encore quarante minutes
pour qu'elle continue à lever.
Utilisant la bayyâda, une des femmes nettoie la dalle du four. Ensuite les femmes s'assoient; l'une devant l'orifice d'enfournement, tient la spatule, matraha; l'autre tenant le disque, pousse la pâte du pain sur la spatule que la première introduit à l'intérieur du four, déposant la galette sur la dalle. Cette opération se poursuit jusqu'à ce que la dalle du four soit recouverte de galette. On les y laisse 25 minutes jusqu'à ce qu'elles cuisent. Durant ce temps, on introduit un peu de bouses de buflesse par l'orifice de chauffe pour que le degré de température à l'intérieur du four reste constant. Certaines femmes cuisent leur pain en utilisant des crottes de chèvre et d'âne quand elles sont très pauvres et ne possèdent pas de vache ou de gamousse qui leur fournisse de la bouse. La bouse de vache (gella) est considérée comme le meilleur des combustibles. Le femme se met à retirer les galettes de pain avec le hottâf et met le pain dans un couffin à pain (elâga) ou un grand panier (goffa). Les femmes n'aiment pas compter les galettes après la cuisson, car elles croient que le fait de compter le pain diminuerait ses vertus bénéfiques. Le diamètre moyen d'un galette de pain samsî est de 20 cm. Préparation
du bannûn On dessine la
croix comme d'habitude sur la surface puis on laisse reposer pendant
une heure environ dans le pétrin jusqu'à ce qu'elle
fermente, lève et emplisse le pétrin. Nessim
Henry HENEIN (1) Dénommé zallût dans certaines régions de la Haute-Égypte. (2) Une femme du village m'a raconté que dans les villages voisins, les femmes musulmanes dessinent avec trois doigts des lignes qui se coupent sur la surface du pain. | ||