Gaston Bivina
    Paroles de paysan

    Ecoutez Gaston Bivina
    (Nécessite le lecteur RealAudio)


    D'autres ont choisi de partir en ville. Moi, j'ai décidé de rester pour continuer ce que mon père et ma mère m'ont appris.

    Gaston Bivina et sa femme

    Au village, chaque famille a un champ pour se nourrir et un autre, pour le cacao. Le champ des vivres c'est l'affaire des femmes, on juge bien la femme quand elle fait un grand champ, avec beaucoup de manioc, de banane-plantain, de l'arachide et du maïs. On a alors beaucoup à manger et on peut recevoir beaucoup de gens.

    Le cacao, lui, rapporte l'argent. C'est ce qui nous fait grand ou petit, c'est l'affaire de 1'homme. Il plante et entretient les cacaoyers. La terre appartient à celui qui plante les arbres. C'est pour ça qu'on interdit aux étrangers de planter des arbres : ils pourraient nous prendre le sol. Ils ne doivent cultiver que des produits vivriers.

    Tous les hommes ici ont des cacaoyers, certains ne les récoltent même pas, c'est seulement pour marquer la terre. D'autres travaillent un peu, surtout au moment de la récolte. Ils peuvent avoir un sac où un sac et demi par hectare.

    Moi, on dit que je suis bon planteur. Je désherbe les cacaoyers toute l'année. J'enlève les cabosses pourries ; je mets les produits contre les maladies. Je récolte quatre sacs par hectare.

    J'ai la plus grande plantation du village, 6 hectares. Chaque année, ça me fait plus de 20 sacs de cacao. Je continue aussi à planter pour mon héritier.

    Avec l'argent, on envoie les enfants à l'école, on paye les médicaments, on achète les tôles pour refaire les toits.

    Le travail du cacao

    Le cacao... longtemps j'ai cru qu'il me donnerait assez d'argent. Quand les prix du cacao étaient bons, on disait " l'argent est dans l'arbre ". Aujourd'hui les prix baissent. En 1983, on nous payait 7 francs par kilo. En 1993, on ne donne plus que 3 francs par kilo. Et je dois faire vivre ma femme, mes quatre enfants, les deux femmes de mon frère qui est mort et leurs quatre enfants. Je ne peux plus payer l'école. On mange moins car les femmes essaient de vendre le manioc et la banane-plantain. Certains enfants partent à la ville pour chercher l'argent là-bas.

    Il y avait les vulgarisateurs qui nous disaient : " ayez confiance, le cacao, c'est bien ". On les a écouté. Et maintenant que les prix sont bas, on a rien d'autre que le cacao.

    Et j'ai peur pour nos terres aussi. On dit qu'au nord de Yaoundé comme en Côte d'Ivoire, des étrangers achètent la terre pour faire de grandes plantations. Ils vont venir chez nous aussi.

    Dis-donc, je ne comprend pas ? Quand le prix du cacao est haut en Europe, pour nous, il monte juste un peu. Quand il baisse un peu là-bas, ici il tombe beaucoup.

    Mais où va donc l'argent du cacao ?


    Voix originale : Dieudonné Kaldjob,
    Etudiant camerounais au CEMAGREF - Montpellier


    MondeRetour MondeLogo Agropolis-MuseumAccueil