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qui porte la barbe ou arête à son extrémité; l'autre glumelle en est toujours dépourvue, ainsi que les glumes. A la maturité, le grain de la plupart des blés se sépare aisément de ses enveloppes, et l'ensemble de ces dernières, glumes et glumelles, constitue ce qu'on appelle la balle ou menue paille. Mais dans les épeautres, les amidonniers et les engrains, les balles restent adhérentes au grain, et il faut employer, pour l'en dépouiller, des moulins spéciaux. Ce caractère permet de diviser tous les blés en deux grandes classes: les blés à grain nu, et les blés à grain vêtu. Le caractère tiré de la nature de l'axe de l'épi confirme absolument cette division, de sorte que tous les blés à grain vêtu ont l'axe fragile, et que tous les blés à grain nu ont l'axe d'une seule pièce. Voilà donc deux groupes entre lesquels se répartissent tous les blés cultivés, groupes qui diffèrent l'un de l'autre par leurs caractères botaniques et par leurs aptitudes spéciales au point de vue de la culture.
Dans l'un comme dans l'autre, on trouve un grand nombre de variétés distinctes qui diffèrent les unes des autres par des particularités de taille, de couleur, de précocité, par la présence ou l'absence des barbes, etc. Toutes ces variations, dues à l'action de milieux extrêmement variés (car le blé a été cultivé depuis la plus haute antiquité sur une très grande partie de la surface terrestre), sont pour la plupart assez fixes, et ne se modifient que lentement sous l'influence d'un climat différent de celui du pays d'origine. Elles se modifient toutefois, et c'est ce qui fait dire que les blés dégénèrent. L'action de l'homme est aussi pour beaucoup dans la diversité des blés, car il arrive souvent que des variations spontanées, jugées avantageuses pour le cultivateur, sont propagées et fixées par ses soins et donnent naissance à une race nouvelle. Les caractères des diverses races, les modifications qui s'y produisent de temps en temps, ne sont pas l'effet du hasard, ils sont le résultat des influences variées qui constituent le milieu dans lequel vit le blé: aussi le meilleur indice pour connaître les qualités et les aptitudes particulières d'une variété donnée, se tire-t-il de la connaissance du milieu où elle a pris naissance. Nous en avons vu un exemple dans l'inégale résistance des divers blés à l'invasion de la rouille, suivant leurs pays d'origine. Toutefois l'influence des milieux est si complexe, que l'on ne saurait toujours apprécier à coup sûr l'action qu'ils ont eue sur une race de

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blé, et, tandis que l'on peut se servir de cet indice pour limiter son choix entre certaines variétés seulement, l'expérience directe est le seul moyen absolument sûr de savoir si une race déterminée convient parfaitement aux conditions de sol et de climat où l'on veut la placer. A la longue, les caractères propres de cette race se modifieront si elle est dépaysée, et c'est le motif qui engage les cultivateurs à recourir au renouvellement de leur semence, opération nécessaire s'ils cultivent des blés originaires d'un climat différent et qu'ils veuillent les garder francs, superflue s'ils s'en tiennent à ceux de la localité. Dans ce dernier cas, le choix attentif et intelligent des épis pris pour semence suffit à conserver
la race, dans l'autre la sélection la plus habile ne peut l'empêcher de se modifier: elle peut faire sortir du blé ainsi traité, quelque chose de meilleur que lui, mais elle ne saurait le conserver semblable à lui-même.

 

BLÉS A GRAIN NU

Le groupe des blés à grain nu est de beaucoup celui qui renferme le plus grand nombre de variétés. Ces variétés dérivent des quatre espèces: Triticum sativum, Lam., Triticum turgidum, L., Triticum durum, Desf., Triticum polonicum, L.

Blés tendres (Triticum sativum, Lam.) - Les blés ordinaires ou tendres sont très variables d'apparence, mais ils possèdent tous en commun le caractère d'avoir la paille creuse ou presque creuse et le grain tendre,
à cassure farineuse. Ils comptent des représentants dans tous les pays où se fait la culture du blé; ce sont eux qui s'avancent le plus loin au nord et on les retrouve jusque dans les pays tropicaux, aussi n'est-il pas surprenant qu'ils présentent les caractères les plus dissemblables sous le rapport de la couleur et de la forme des épis, de la hauteur et de la force de la paille. On compte dans cette classe des blés barbus et des blés sans barbes, des blés d'hiver et des blés de printemps, on y trouve des grains blancs, jaunes et rouges: plus de variations en un mot que dans aucune autre sorte.


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