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fortifieront par l'action de l'air et du soleil, et que le danger de la verse sera amoindri, sinon tout à fait écarté. Il serait fort difficile d'user de ce procédé dans la grande culture; il faut donc trouver un autre moyen de prévenir l'étiolement des blés, et ce moyen, la pratique des semis en lignes est là pour le fournir. En dirigeant les rayons du nord au sud et en les espaçant assez pour que les feuilles d'un rang ne recouvrent pas le rang voisin, on donne aux tiges toutes chances de se développer régulièrement sous l'influence de l'air et du jour, et de prendre de la force en même temps qu'elles s'accroissent en longueur. II faut avoir soin toutefois de ne pas répandre le grain trop dru sur les rangs, car alors on n'éviterait le danger qu'à moitié, les brins d'un même rang s'étouffant les uns les autres. On doit songer que les grains de blé semés au semoir germent à peu près tous, tandis que répandus à la volée, ils ne viennent à bien que dans la proportion de 50 pour 100 environ. Lors donc qu'au semoir on emploie autant de semence qu'à la volée, on sème par le fait deux fois aussi serré. Parmi de nombreuses expériences que nous avons faites à ce sujet, nous en citerons brièvement une qui nous paraît assez concluante. En plein champ, dans une bonne terre, mais dans les conditions ordinaires de la grande culture, nous avons ensemencé au semoir quatre parcelles semblables entre elles et d'égale étendue. Sur l'une d'elles qui servait de comparaison, on a mis environ 180 litres de semence à l'hectare; les autres n'ont reçu que la moitié, le tiers et le sixième de la semence donnée à la première, c'est-à-dire respectivement 90, 60 et 30 litres. Or, il s'est trouvé, à la récolte, que le rendement en paille et en grain allait croissant depuis la parcelle la plus serrée jusqu'à la plus claire, et non seulement le rendement de la dernière était le plus considérable, mais le grain en était encore le plus beau et le plus lourd à volume égal; il ne s'était produit de verse que sur une portion de la parcelle semée serré. Il s'agit ici d'un blé d'automne semé dès le mois d'octobre et en bonne terre. Plus tard, en saison, il faut semer plus épais. Il en est de même dans les terres pauvres, ainsi que pour les blés tallant peu, et surtout pour les blés de printemps. La grosseur ou la finesse du grain doivent aussi être prises en considération. L'expérience est à ce sujet le meilleur guide, mais elle doit être éclairée par la réflexion et le raisonnement.

 

III.
Des diverses espèces et variétés de blés.

Toutes les races cultivées du blé appartiennent au genre Triticum, qui renferme en même temps plusieurs espèces sans utilité et même quelques mauvaises herbes, comme le chiendent (Triticum repens, L.). On rapporte généralement les froments cultivés à sept espèces botaniques distinctes, d'où seraient sorties toutes les variétés connues. L'obscurité complète qui enveloppe les origines du blé ne permet pas d'être, pour ce qui concerne son pays primitif et ses transformations, aussi affirmatif qu'on peut l'être quand il s'agit de plantes dont on retrouve les représentants sauvages.
La thèse de l'unité spécifique de tous les blés cultivés a ses partisans, et la facilité avec laquelle s'opèrent des croisements entre les formes en apparence les plus distinctes donne une grande vraisemblance à cette manière de voir, sauf peut-être en ce qui concerne les engrains. Toutefois la division en sept espèces, proposée par Metzger, adoptée par M. Louis Vilmorin, et généralement suivie par les auteurs qui ont écrit le plus récemment sur les blés, a l'avantage de répartir les diverses formes entre des types assez tranchés, dont les dérivés forment des groupes naturels. Il nous semble cependant qu'on pourrait en réduire le nombre à cinq. Ces sept types sont:

1. Le blé ordinaire ou blé tendre Triticum sativum, Lam.
2. Le blé poulard ou à grain renflé Triticum turgidum, L.
3. Le blé dur ou à grain glacé Triticum durum, Desf.
4. Le blé de Pologne Triticum polonicum, L.
5. L'épeautre Triticum Spelta, L.
6. L'amidonnier Triticum amyleum, Seringe.
7. L'engrain Triticum monococcum, L.

Les deux espèces qu'on pourrait supprimer, selon nous, seraient le

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