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Ce qui n'est point une hypothèse, mais un fait d'observation, c'est que certains blés sont moins que d'autres exposés à la rouille; que leur origine ou leur constitution en soit cause, certaines variétés jouissent, sous ce rapport, d'une immunité plus ou moins complète, et cette considération doit influer sur le choix que fait le cultivateur d'une race à adopter.

CHARBON. - Nous en dirons autant au sujet du charbon, qui amène la destruction partielle et le plus souvent complète du grain et des balles dès avant l'épiaison, mais qui est moins fréquent dans le blé que dans l'orge et l'avoine. Un très petit nombre de variétés seulement est sujet à celle maladie, contre laquelle, non plus que contre la rouille, on ne connaît pas de remède.

CARIE.- Malheureusement plus fréquente est la carie ou noir, dont le siège est dans le grain, et qui en transforme le contenu en une poudre noire d'une odeur fétide. Presque tous les blés sont exposés à prendre cette maladie, qui est contagieuse. Elle ne paraît pas sévir plus particulièrement sur telle ou telle variété, et le traitement des semences par le sulfate de cuivre permet de l'éviter d'une manière à peu près certaine.

ERGOT. - Nous mentionnerons seulement en passant l'ergot, commun sur le seigle dans les années humides, rare en toutes circonstances sur le blé. C'est encore un champignon qui en est la cause, et la seule précaution qu'on puisse recommander consiste à débarrasser par des criblages le grain sain du grain ergoté, qui est un poison assez violent.

De la verse. - Enfin nous arrivons à l'un des plus grands fléaux des blés, qu'on peut regarder comme un accident plutôt que comme une maladie: nous voulons parler de la verse, si funeste partout, mais surtout redoutable dans les terres fertiles et bien cultivées.
On a cherché à expliquer la verse par diverses raisons physiques ou chimiques, notamment par le manque dans le sol de silicates alcalins. Nous croyons qu'elle est principalement amenée par trois causes dont chacune isolément peut suffire à la déterminer et qui souvent agissent de concert.
La première se trouve dans le tempérament propre de certaines variétés de blé dont l'épi est lourd et les feuilles amples et grandes, tandis que la paille n'en est pas assez ferme pour supporter le poids qui la surcharge. Le blé

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d'Odessa sans barbes ou Richelle de Grignon, le blé blanc de Mareuil, et plusieurs blés durs, présentent cet inconvénient, au moins sous le climat de Paris;
ils sont naturellement beaucoup plus exposés à verser que d'autres. Il est à remarquer que ce ne sont pas toujours les blés dont la paille est grosse et raide qui versent le moins, souvent au contraire ils s'abattent tout d'une pièce, tandis qu'on voit rester debout d'autres variétés dont la paille, plus mince et plus flexible, plie et ne rompt pas. Quand la verse est due à cette cause, elle ne se produit guère que quand l'épi est devenu lourd par l'effet du développement du grain; la maturation peut alors se faire encore dans d'assez bonnes conditions, et, à part la difficulté plus grande de la moisson, le dommage n'est pas très grave.
Bien plus sérieux sont les effets de la verse quand elle est occasionnée par de grandes pluies ou des vents violents survenant vers le moment de la floraison ou peu après. Des champs entiers sont alors renversés; les tiges, vertes et tendres, encore sont couchées les unes sur les autres et parfois pourrissent ou sont recouvertes par les mauvaises herbes, qui anéantissent presque tout espoir de récolte. Cette seconde cause de verse s'ajoute souvent à la troisième, qui en aggrave les conséquences.
Celle-ci réside dans le mode de culture suivi et surtout dans les semis trop serrés. Quand après l'hiver le blé commence à prendre de la force, qu'il cesse de taller et s'apprête à monter en épis, les tiges, encore toutes basses, développent de longues et larges feuilles qui couvrent rapidement la terre. Si le semis est trop épais, ces feuilles forment à la surface du champ une sorte de feutre que ne peuvent traverser les rayons du soleil. Les jeunes tiges, affamées d'air et de lumière comme le sont toutes les parties aériennes des végétaux, s'allongent alors outre mesure pour sortir de l'ombre où elles languissent; elles s'étiolent, et, comme toutes les plantes étiolées, en viennent à ne plus pouvoir porter leur propre poids. En outre, confinées dans une atmosphère tiède et humide, elles sont quelquefois envahies par la moisissure. Le bon sens des paysans des environs de Paris leur a fait reconnaître le danger des blés trop drus et trop vigoureux au printemps, et leur a suggéré un remède approprié. Quand, au mois d'avril, un blé est trop beau en herbe, ils en coupent les feuilles à la faucille, sachant bien que les tiges ainsi effrondées (ou effromées, dans leur langage) se

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