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moins sensibles que d'autres à l'action des vives chaleurs. C'est pour cette raison que dans les pays où les blés risquent d'être échaudés, on donne la préférence aux blés rouges, qui sont moins exposés à cet accident que les blés blancs. Souvent c'est sur les blés de printemps que les grandes chaleurs ont les effets les plus désastreux. Comme ils mûrissent en général une huitaine de jours plus tard que ceux d'automne, ils sont plus exposés à être surpris par les chaleurs de la fin de juillet avant que leur grain soit complètement formé. Nous en avons eu en 1871 un exemple dont bien des cultivateurs doivent se souvenir. Les comités de secours étrangers ont distribué des blés de printemps pour semence dans les départements les plus éprouvés par la guerre. Ces blés, mis en terre dans de bonnes conditions, mais un peu trop tardifs pour notre climat, n'ont monté qu'imparfaitement et n'ont pas produit de grain, arrêtés dans leur croissance par la chaleur et la sécheresse. Et pendant ce temps, en Angleterre, les mêmes blés donnaient d'excellents résultats comme blés de mars, parce que, sous l'influence d'un climat plus frais et plus humide, la végétation se poursuivait sans arrêt durant tout le mois de juillet, et la moisson mûrissait heureusement dans le courant d'août, tandis que chez nous depuis près d'un mois tout avait séché sur pied.
L'importance de l'action exercée sur le rendement des blés par la chaleur et la sécheresse des étés a une telle importance, qu'on ne saurait trop y insister. On n'irait pas trop loin, à notre avis, en disant qu'on dépayse plus un blé et qu'on en rend la réussite plus incertaine en le déplaçant de cent lieues dans le sens de l'ouest à l'est qu'en le transportant d'une distance égale du midi au nord. C'est du moins ce qui se passe en France d'une manière très frappante. Les variétés qui réussissent le mieux sur nos côtes de l'ouest et du nord-ouest sont en grande partie des blés blancs, un peu tardifs, mais fertiles en paille et en grain, qui, sous l'influence d'hivers doux et d'étés tempérés, donnent des récoltes aussi remarquables par leur abondance que par leur qualité. Ces mêmes variétés transportées en Champagne, en Bourgogne ou en Lorraine, sont parfois détruites par l'hiver, et quand elles résistent au froid, un coup de chaleur réduit souvent la récolte d'un tiers ou de moitié. L'expérience en a été faite bien des fois. Cela s'explique par la différence des climats, dont l'un, plus maritime, est doux et humide avec une température relativement constante, tandis que l'autre, plus

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continental, offre, avec une moyenne annuelle à peu près semblable, des températures extrêmes beaucoup plus divergentes.
Si le transport a lieu de l'est à l'ouest, ou plus généralement d'un climat continental vers un climat maritime, les inconvénients sont d'une autre nature: nous le verrons en parlant de la rouille.

Des maladies. - Nous avons dit que les blés sont sujets à diverses maladies dont l'influence sur le rendement en grain n'est pas à négliger; nous allons mentionner rapidement les principales.

ROUILLE. - La plus fréquente et la plus connue est la rouille, champignon microscopique qui se développe et se nourrit dans les tissus de la plante, et qui fait son apparition à l'extérieur sous forme de petits amas de poussière rougeâtre, tout à fait semblable à la rouille du fer, dont sont couverts les feuilles, les chaumes et même l'épi du blé malade. Or, nous avons remarqué un très grand nombre de fois qu'aux environs de Paris la rouille exerce principalement ses ravages sur les variétés de blés originaires des pays dont le climat est plus sec que le nôtre. C'est ainsi qu'il n'est presque pas possible de cultiver ici les magnifiques blés blancs de l'Australie, non plus que beaucoup de ceux de l'Amérique du Nord. Il y a quelques années, à la suite de la conquête de Khiva par les Russes, nous avons reçu une collection intéressante des blés cultivés aux environs de Tashkend, en Turkestan. A notre grand regret, elle a été perdue à peu près complètement, parce que la rouille a attaqué toutes les variétés avec une telle violence, qu'en deux ou trois ans elles ont cessé de produire du grain capable de germer. Plusieurs races de blé de la Russie méridionale sont dans le même cas, et la propension qu'a le blé de l'île de Noé à prendre la rouille nous paraît confirmer la croyance, généralement reçue, à son origine orientale.
La contre-partie de ces observations nous est fournie par les races qui nous viennent de l'Angleterre, des Pays-Bas, et par un blé provenant du Lazistan, sur la côte orientale de la mer Noire. Jamais nous n'avons vu ce blé rouillé: or le Lazistan est une province où il pleut aussi souvent et plus abondamment que dans notre Bretagne. Nous croyons pouvoir conclure de là qu'une variété de froment se défend d'autant moins bien contre la rouille qu'elle est originaire d'un climat plus sec en été.

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