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pas toujours celui qui, semé, donnera les meilleurs résultats (étant bien entendu que l'on compare ici entre eux divers lots d'une même sorte de blé et non des variétés différentes), de même que l'animal le plus gras ne sera pas le meilleur reproducteur. Tout en distinguant les deux cas, qui ne sont pas strictement comparables, nous croyons que dans un blé très plein et très renflé, le développement et la vigueur du germe ne sont pas toujours en raison de la beauté du grain. Nous savons un des meilleurs agriculteurs de la Flandre française dont les excellentes terres portent des blés de Bergues admirables de blancheur et de grosseur, et qui, chaque année, va chercher pour ses semailles, dans un canton voisin moins fertile, du blé de la même race moins plein, mais plus nerveux que celui qu'il récolte lui-même. Nous croyons que cet exemple porte un enseignement: c'est qu'il faut aller prendre des semences dans une terre moindre plutôt que dans une terre meilleure que celle où elles doivent être transportées, et que par conséquent c'est une erreur de demander à des blés de semence d'être trop pleins et trop beaux.

Du climat.- Nous avons dit qu'en France l'étendue des terres à blé pourrait être considérablement accrue. Cela serait d'autant plus facile que le climat de notre pays convient remarquablement bien à ce genre de culture. Or l'influence du climat est extrêmement puissante sur le blé, et, bien qu'on en trouve des variétés qui s'accommodent des latitudes les plus extrêmes, les récoltes les plus abondantes et les plus beaux blés proviennent des climats tempérés, comme celui de l'Europe moyenne ou d'une partie de l'Amérique du Nord.
Les diverses variétés de blés demandent pour parcourir toutes les phases de leur végétation un espace de temps très variable. Sous le climat de Paris, les blés qui restent le plus longtemps en terre sont semés vers le 10 ou le 15 octobre et moissonnés à la fin de juillet. Certaines variétés ne réussissent bien que si elles sont semées de bonne heure, de manière à prendre pied dans le sol avant les froids. D'autres s'accommodent parfaitement de semis plus tardifs. En Écosse et même dans certains districts montagneux de la France, les semailles se font presque en même temps que la moisson, dans le mois de septembre. Le blé occupe alors le sol pendant une année entière.

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Les froments dont la végétation s'accomplit le plus rapidement, tels que certaines variétés de printemps, exigent un intervalle de soixante et dix à cent vingt jours, selon la latitude, entre la germination et la maturité, et pendant cet intervalle il faut que la lumière ne fasse pas défaut et que la température moyenne s'élève au moins pendant le dernier mois, c'est-à-dire entre la floraison et la maturité du grain, à 18° centigrades. La culture du blé s'arrête donc au nord là où ces conditions cessent de se rencontrer d'une manière régulière.
Dans les pays tropicaux le blé réussit assez mal et ne se cultive guère que sur les montagnes, où l'altitude tempère la chaleur du climat.
L'influence fâcheuse des températures extrêmes se fait sentir aussi dans la zone intermédiaire, et malgré leur rusticité les blés d'hiver souffrent parfois des rigueurs de la saison. Il est fort peu de variétés qui résistent à un froid sec de 15° ou 20° centigrades, et si la gelée survient quand la terre est humide, ou qu'elle reprenne de la force après un dégel incomplet, il suffit d'un froid bien moindre pour faire périr les blés.
Dans le centre de l'Europe, à l'époque des grands froids, la terre est habituellement couverte de neige, et c'est grâce à cette circonstance que la culture du blé y donne à peu près constamment de bons résultats. En France il n'en est pas toujours de même, et certains hivers sans neige ont gravement compromis la moisson. Sans remonter bien loin, nous pouvons citer celui de 1876 à 1877 où près d'un tiers des blés en terre a été détruit par les froids. La résistance des diverses variétés à l'action des gelées est assez inégale ; nous aurons soin, en décrivant chaque blé, de faire connaître ce que nous savons de ses aptitudes sous ce rapport. Qu'il suffise ici de dire que les races les plus rustiques se trouvent parmi les blés tendres d'hiver et parmi les épeautres.
Ce n'est pas seulement, au surplus, par le degré de froid des hivers que le climat agit sur les blés. Des chaleurs excessives survenant au moment où le grain se forme sont aussi très nuisibles aux récoltes. Le grain mûrit alors d'une manière précipitée, ne se remplit pas de farine, et reste petit, maigre, retrait, avec une cassure vitreuse ou cornée, comme l'ont habituellement les blés durs : on dit, dans ce cas, qu'il est échaudé.
Cet accident n'est pas rare et il est impossible de l'empêcher de se produire, mais on peut éviter le danger dans une certaine mesure en cultivant des blés

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